« Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique » de Jon Monnard – Chronique littéraire

J’ai eu la chance de recevoir il y a quelques jours un ensemble de livres de la part des Éditions L’âge d’Homme. Un merci tout particulier à Romain pour sa gentillesse et sa confiance.

Vous pouvez retrouver les œuvres de cette maison sur leur site internet en cliquant ici.

Capture d’écran 2017-06-20 à 16.43.22.png

J’ai passé ma journée en tête à tête avec un très bon premier roman. Jon Monnard m’a transporté dans un univers qui m’est inconnu et je le remercie pour cela, il est toujours intéressant de découvrir un monde différent… encore plus quand l’histoire nous entraine avec émotion et fugacité dans le monde des illusions perdues.

Je vous emmène dans ma lecture ?
Suivez le guide… 


Quatrième de couverture

Coska, jeune homme discret et romanesque, se retrouve dans une école d’art dont les codes lui échappent. Il choisit de tout quitter pour s’adonner à sa véritable passion, l’écriture.

Il participe alors à un concours organisé par une célèbre marque de vêtements, Martha Kahl. Cette dernière engage le jeune homme pour inspirer leur prochaine collection. Le voilà à nouveau propulsé dans un monde de faux-semblants aussi envoûtant que pernicieux.

Trop sensible pour pouvoir résister à la promesse de reconnaissance qui s’offre à lui, il devient victime des règles d’un jeu qui auparavant le répugnait. Dans ce rêve éveillé, la chute se profile inévitablement.

Un roman d’apprentissage qui décortique le monde du paraître avec une sincérité et une sagacité troublante.


Qu’en ai-je pensé ? 

J’ai pour habitude de lire avec quelques post-it à mes côtés pour marquer les jolis citations qui apparaissent au cours de ma lecture. J’en ai utilisé plus que d’habitude aujourd’hui… Vous allez vite comprendre pourquoi.

« La concurrence, notamment par le talent, avait pour but de les départager. Mais à force de se sentir obligés d’être différents, ils s’imprégnaient les uns des autres, empruntaient un même chemin qui finissait par se teinter de ridicule. Au final, ils se ressemblaient tous. « 

Dans ce livre,
nous prônons le talent,
nous arborons l’espoir,
nous crions le courage,
nous murmurons les illusions
nous aimons d’amour.

Nous y traitons les déceptions de la vie.

Coska apprend à échouer. Il ressent la douleur d’être refusé, il entend les commentaires exacerbés, méchants. Douloureux la plupart du temps.

L’auteur dépeint un satyre extrêmement réaliste et actuel de notre société. L’être et le paraître à outrance y ont bien évidemment leur place. Les publications  « instgrammesques » incessantes et les millions de like sur des publications parfois sans réel intérêt reflètent notre société et son voyeurisme constant qui l’habite.

Le tableau représenté par l’auteur est dérangeant car il traite d’un monde fastueux que l’on connait (pour la plupart d’entre nous) uniquement de l’extérieur : le luxe et la mode. Nous sentons que Jon Monnard a effectué un travail de recherche particulièrement important pour illustrer son texte avec autant de détails sur cet univers restreint et démesuré. Un monde outrancier, excessif en tout genre, où la drogue et l’alcool apparaissent comme étant les piliers nécessaires au bon déroulement de la journée… et de la nuit.

C’est d’une tristesse. Coska assiste à son succès grandissant avec malaise, à de nouvelles rencontres qui le poussent à bout, à une déchéance bien trop rapide.

« Il m’enlace, serre ses poings dans mon dos, comme les crochets d’un serpent qui, doucement, vous administre sa dose de venin? Sa langue fourchue siffle dans mes oreilles. » / « Il m’éloigne de lui et me replonge dans les odeurs de laque, de poudre et de parfum qui tourbillonnent autour des corps mises et des visages retravaillés des mannequins. Une première séance photo resplendissante de tristesse.« 

Le personnage de Coska est très attachant de part sa timidité, sa solitude, son besoin de réussir sans forcément savoir le reconnaître. Il est doté d’une douceur et d’une extrême sensibilité qui quelques fois lui font défaut. C’est un jeune homme que l’avenir terrorise et qui, malgré son talent, va être confronté à l’échec. Je l’ai trouvé très humain.

« Mes jambes s’engourdissent. Des fourmis grouillent au bout de mes pieds, au bout de mes doigts. J’avale ma peur. Je panique, dans le froid, dans le chaud, suant, pleurant. Je réussi à stabiliser ma nausée? Boire de l’eau et ouvrir grand ma porte fenêtre, c’est une bonne idée. Mais dans un recoin de ma tête, une pensée trompeuse asservit toute décision rationnelle : tu ne peux plus marcher, tes jambes vont se fracture. Je sanglote, engourdi par la terreur, terrassé par la violence de mon désarroi. »

Il souffre. Il souffre de tant de choses.

Il a beaucoup de difficultés à comprendre les codes du tout nouveau monde qu’il découvre au fur et à mesure de l’histoire. Il comprend et ressent un succès fugace qui disparait bien trop rapidement dans un tourbillon d’illusions perdues.

Il souffre d’amour aussi.

« Elle décoche cette flèche en forme de sourire qu’elle envoie traverser mon torse, titiller de son charme pointu, déchirant, aiguisé, la coquille de mon cœur. »

Pour mes amoureux des mots, j’ai une préférence pour cette citation-ci. L’auteur a su décrire de la plus belle des manières ce que l’on ressent lorsque l’on entre dans les anciennes librairies.

« Le garçon y pénètre silencieusement ; un mausolée de corps papier, comme il en existe malheureusement plus ou très peu ailleurs. Rare vestige du savoir honnête, un centenaire vaillant, solide, éloignée des précieux chiffre d’affaires et des romans de pétales de rose. »

Les petits + ? :

♥ Ce titre époustouflant ! Difficile de trouver un titre créatif avec autant de livres publiés chaque année… Ce titre est troublant et intriguant et il donne envie d’en savoir plus sur l’histoire.

♥ Saluons le talent de l’auteur qui signe ici son premier roman d’une lucidité exemplaire ! Sa plume est belle et poétique. On en redemande !

Les petits – ? :

♠ Un seul bémol : j’ai trouvé que le moment où le personnage de Coska découvre le concours et celui où il apprend qu’il a gagné est trop rapide. J’aurai aimé suivre sa progression, à quel moment il décide d’écrire, sa manière de faire, son angoisse peut-être à l’idée de rendre un dossier peu intéressant…



Un petit mot sur l’auteur :

Capture d’écran 2017-06-20 à 16.41.41.png

Jon Monnard est né en 1989.

Après une formation de libraire et des études supérieures en communication, il signe ici son premier roman.

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s