« La lune assassinée » de Damien Murith – Chronique littéraire

J’ai été très troublée par « La Lune assassinée », publié aux Éditions L’Âge d’Homme en 2013.
Un premier livre remarquable et puissant. Sombre. C’est un portait dur et violent d’une famille et son entourage proche, banalités d’une vie noire et perturbée. Là où l’Amour pourrait rassembler, il éloigne encore plus.

Ce livre est d’une force indescriptible ! Accrochez-vous…

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Quatrième de couverture

« Alors on regarde le ciel qui d’un coup se contracte, fait claquer ses grandes mâchoires, le ciel qui bave noir, la bouche pleine, et quand il en a assez, écarte les cuisses et saigne. »


Qu’en ai-je pensé ?

Ce livre est différent. Ce n’est pas un roman. Il ne suffit pas de résumer l’histoire, de dire ce qu’on a aimé ou non pour en faire une chronique. C’est plus complexe. On le lit vite oui. Mais on le relit ensuite, une seconde fois, pour bien comprendre l’importance du choix des mots.

L’atmosphère est lourde, pesante. Noire.

L’histoire est celle d’un couple, Pierre et Césarine. Pas d’indication d’âge ou d’époque. Nous sommes totalement libres d’interpréter l’histoire. Ils vivent avec La Vieille, la mère de Pierre. Pierre s’en va régulièrement retrouver une autre femme, on l’appelle La Garce.  Elle le quitte et il souffre.

Un drame survenu quelques années auparavant a cassé le lien qu’il y avait entre Pierre et Césarine. Césarine se souvient : il y avait un enfant avant.

« Quand elle revient, l’enfant est allongé sur le sol ; le chien le tient par la gorge. »

La Vielle déteste Cézarine, elle l’insulte presqu’à chaque page. À ses yeux, la Garce, c’est elle et non l’amante.

« La Vieille est assise en face de Pierre. Elle le regarde, comme un qui se noie. Elle dit : « La Petite, c’est le Diable qui l’a faite ! »

Césarine souffre. Terriblement.

« Alors Césarine reste sur le seuil de la porte, comme une barque entre deux vagues, avec le vent qui gifle, avec le coeur en loques qui cogne et casse. »

La plume de l’auteur est précise, tranchante. Elle coupe les phrases. Elle impose un style bien particulier qui participe à l’ambiance écrasante de ce huit-clos.

Les pages de ce livre sont courtes. Ce sont des miniatures, des bribes de la vie des protagonistes. L’auteur laisse une grande place au silence pour mieux nous laisser nous abreuver de ses mots et les interpréter à notre manière.

C’est une oeuvre emplie de sensualité et de non-dits. L’auteur traite d’Amour, du désir, de sexualité, de souffrance, de Mort. Humanité et désespoir.

C’est une oeuvre pleine de métaphores, qui possède un rapport à la nature d’une justesse rare.

« Les étoiles sont des marguerites qui s’ouvrent dans le ciel. »

« On regarde à nouveau le ciel ; des gouttes de soleil traversent les nuages : la pluie ne viendra pas. Le ciel est comme Pierre. Il ment. »

Car Pierre ment, oui.. Il trompe Césarine et ne rentre parfois même pas.

Césarine a son coeur cabossé et il ne peut être réparé.

« Devant elle, c’est Pierre qui s’en revient au milieu de la nuit avec, cachés dans les replis de la peau, les restes d’une caresse, ce sont les sanglots qui montent du coeur, qui brûlent la bouche, et la bouche est grande ouverte car l’air manque, alors il faut les avaler, ils écorchent la gorge, s’ancrent dans le ventre qui se noue. » 

Mais Pierre aussi a le coeur cabossé. La Garce ne veut plus de lui. Alors Césarine tente de le consoler.

« Pierre s’est allongé sur le lit. Césarine se couche à côté de lui. Elle ne parle pas, elle ne bouge pas, elle attend que Pierre guérisse. / Pierre lève la tête, Césarine voit son visage qui est triste, qui est comme de la cendre, il dit : « Elle m’a pris, tu ne peux rien pour moi. »

« Pierre est à genoux dans la neige, son manteau est ouvert, son torse est nu. Césarine l’entend qui crie, qui appelle, les bras ouverts vers le ciel, et le nom qu’il appelle lacère sa poitrine, comme si son coeur s’était pris dans les ronces et qu’il n’arrivait pas à s’en sortir. »

Il souffre tant qu’il meurt d’amour…

Et Césarine le suit.

Les petits + ?

Cette couverture… « Lunia Czechowka en noir », Modigliani, 1919. Césarine était pour moi cette femme.

Les petits – ? 

Pas de « petit -«  pour cette fois…


Un petit mot sur l’auteur

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Damien Murith vit dans le canton de Fribourg où il travaille dans l’enseignement.

La Lune assassinée (L’Age d’Homme, 2013) est son premier roman. Il sera récompensé par quatre prix littéraires.

 

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