« Monstres et monstruosités » de Laurent Lemire – Chronique littéraire

Je découvre les œuvres des Éditions Perrin en commençant par « Monstres et Monstruosités » de Laurent Lemire. Un grand merci à cette Maison d’édition pour leur formidable envoi.

Au delà de l’évidente dimension historique de cet ouvrage, l’auteur nous invite à aborder une dimension plus psychologique de l’univers des Monstres.

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Quatrième de couverture :

« La créature de Frankenstein, « Elephant Man », Jack l’Eventreur ou aujourd’hui les terroristes sus tient effroi et fascination. Qu’ils viennent de territoires inconnus ou s’inscrivent dans notre quotidien, ces monstres peuplent notre imaginaire, construisent nos mythes et nourrissent nos peurs. Dans cet ouvrage, Laurent Lemire s’intéresse à cette anormalité, mais nous révèle aussi que la monstruosité ne se cantonne pas à ces créatures difformes et parfois inhumaines. Elle fait bel et bien partie de notre réalité.

Partant des mythes et des légendes, l’auteur analyse les monstres de tous types, y compris les plus anodins, les plus inattendus, et interroge le rapport qu’ils entretiennent avec l’homme, mettent ainsi en lumière la part sombre ou bizarre de l’humanité. Le monstre montre toujours quelque chose. Reste à savoir quoi…

Dépassant de loin le simple mais instructif glossaire, l’auteur voyage avec bonheur à travers l’Histoire, la mythologie, les sciences humaines, mais aussi la criminologie et le droit, renouvelant le genre et tissant le lien qui va du merveilleux à l’horreur. »


Qu’en ai-je pensé ? 

« Le monstre c’est l’anormal de la nature, le monstrueux, l’anormalité de l’homme. Dans les deux cas, il s’agit d’une « part maudite ». »

Ce livre est passionnant et fascinant à tout point de vue.

J’y ai beaucoup appris  et eu envie de découvrir  de nouvelles choses recommandées par l’auteur pour mieux comprendre l’univers de la monstruosité. Laurent Lemire débute son écrit avec une analyse sémantique du mot « monstre » et sa dimension historique. Nous plongeons dans l’anormalité, celle du corps mais également celle de l’esprit. C’est terrifiant…

Mais ces monstres, qui les fabrique ? D’après l’auteur, ce sont d’abord les artistes, puis les écrivains, ensuite les cinéastes et enfin les scientifiques.

« Wolff évoque le cyclope, le veau à six pattes, un enfant de tête, mais aussi celui qui a une paire de cote supplémentaire, une denture incomplète, un becs-de-lièvre, etc. monstruosité, anomalie, malformation. Les trois termes ne se valent pas, mais ils sont utilisés indifféremment pour qualifier ce qui échappe à la règle. Mais est-ce une faute de la nature, un essai, une aventure ? Un monstre et, pour ainsi dire, un raté de fabrication. »

 

L’auteur a su attiser notre curiosité sur le 7ème art et ses particularités. Grâce à ce livre, j’ai notamment découvert Quand la Maracunba gronde et son invasion terrifiante de fourmis… Certaines prestations sont si violentes qu’elles mènent leur auteur au tribunal pour « outrage aux bonnes moeurs ». Difficile de regarder en face la monstruosité du genre humain.

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Il nous encourage également à visiter le musée Dupuytren, à Paris. Ce cabinet des curiosités ne vous ouvrira pas l’appétit…. mais il vous fera prendre conscience de la bizarrerie humaine et des malformations génétiques qui existent. Fait plutôt intéressant, nous pourrions penser que la majorité des visiteurs de ce musée seraient élèves en médecine… mais non ! La plupart étudient les Beaux-Arts !

 

 

Les monstres sont alors catégorisés par l’auteur… Nous débutons avec l’univers artistique où nous rencontrons Goya qui fut un spécialistes des diableries, un mélancolique fiévreux qui se jette dans les débauches du rêve pour en tirer des cauchemars.

« L’écrivain Michel del Castillo a saisi cette dimension dans son bel essai, Goya, l’énergie du néant : « au lieu de supprimer ou de transcender la réalité, il la creuse, dévoilant ce qui se cache en dessous, dans ce souterrain, où grouille une humanité disloquée par le malheur. »
Nous découvrons ensuite les monstres littéraires avec notamment les écrivains fous… et  Sade !

Capture d’écran 2017-06-29 à 15.05.46.png« Le monstre seul ne suffit plus. Il faut lui accoler une autre dimension. C’est là qu’intervient la morale. Sade est monstrueux, non par l’ampleur de sa prose, mais par sa façon de bouleverser les genres. Le roman libertin deviens sadique. Le sais que c’est montré avec une crudité qui n’a rien à voir avec le côté salade de certains libelle. Ça devait troublé. Il s’attaque aux esprits et rien de mieux pour porter le faire que d’évoquer la chair. Pour lui la souffrance se transforme en jouissance pour celui qui fait souffrir évidemment. »

Les monstres de foire, ensuite avec Elephant Man, Boiastuau…

« Les montreurs de foire mettent en évidence une propension de chacun à se rassurer de sa propre normalité en devisant de l’anormalité des autres. »

Lorsque l’auteur traite des monstres dits scientifiques, j’apprend un nouveau terme : celui d’anencéphale. Ce qui signifie un être privé de cerveau… Terrifiant !

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Nous abordons ensuite la catégorie de monstres criminels et terroristes. Lorsque la monstruosité touche le genre humain, elle devient encore plus fascinante. Nous traitons également des enfants criminels. Je trouve cela encore pire que les meurtriers adultes car nous associons l’enfance avec l’insouciance, la légèreté, et non avec le meurtre. Comme imaginer un enfant tueur ?

 

Choquant, certes… Mais attendez de découvrir dans ce livre l’histoire d’une femme qui mangea sa propre fille.

« Elle a tué son son enfant avec un couperet et lui a enlevé une cuisse qu’elle a fait cuire dans des choux blancs. Elle a mangé une partie du plat et en a conservé l’autre pour son mari. » 

Ça va, je ne vous ai pas perdu ? Je suis sûre que vous êtes autant fascinés que je le suis…

On ne peut le nier, les monstres criminels exercent une fascination inquiétante sur le grand public.

L’auteur termine son oeuvre en analysant les monstres politiques et économiques. Ainsi que les « foules monstres » …

« Dans le langage courant, le mot a fini par désigner tout ce qui parait marginal, hors norme, impensable. » 

« Les monstres nous montrent la peur qu’ils nous inspirent par rapport au normal. »

Les petits + ?

Le nombre de connaissances que l’on acquiert en lisant cette oeuvre ! J’y ai appris tant de choses passionnantes.

Les petits – ? 

Un petite incompréhension à un certain moment.

« Pour Jean-Luc Godard, « les vrais films de monstres sont ceux qui ne font pas peur mais qui, après, nous rendent monstrueux. » et il citait comme exemple Grease. »

J’aurai aimé plus de détails sur cet extrait car je ne le comprend pas… En quoi Grease nous rend-il monstrueux ? Je suis malheureusement passée à côté de quelque chose à ce moment-ci.


Un petit mot sur l’auteur : 

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Laurent Lemire est journaliste au Nouvel Observateur et à Livres Hebdo.

Il est notamment l’auteur de Marie Curie et Le Siècle d’Albert Einstein.

 

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