« Amarres » de Marina Skalova – Chronique littéraire

Une fois n’est pas coutume, une œuvre des Éditions L’Âge d’Homme m’a étonnée. Il s’agit d’Amarres de Marina Skalova. Ce n’est pas la première fois (ni la dernière je l’espère!) que je découvre un genre totalement nouveau pour moi. Vous allez vite comprendre pourquoi…


 

« L’étranger est, peut-être, cet homme sans identité établie, auquel nous réclamons avec insistance un nom. On ne naît pas étranger. On le devient, à mesure que l’on s’affirme. » Edmond Jabès



Quatrième de couverture :

Un étranger accoste sur une île dont on ignore le nom, délesté de toutes formes d’attaches. Cette terre, longtemps rêvée, le rejette. Dès son arrivée, il éprouve sa différence. Des signes inquiétants apparaissent, une paranoïa insidieuse s’installe.

Un tour de force linguistique, qui, habilement opéré par l’écriture poétique et incite de l’auteure, confronte le lecteur à son propre rapport à l’autre.


Qu’en ai-je pensé? 

Vous souvenez-vous de ma chronique de La lune assassinée de Damien Murith, lorsque je vous ai dit que l’auteur laissait une grande place aux silences, aux non-dits ?

Comment ! Vous l’avez raté ? Pas de panique, il est disponible ici

Avec ce titre, j’ai ressenti exactement la même chose. C’est une œuvre très courte (quatre vingt pages), une œuvre de celles que l’on relit. La quatrième de couverture nous plonge dans l’histoire : un homme accoste sur une île dont il ignore le nom

L’histoire commence comme cela. Il est difficile pour cet homme de s’adapter à ce nouvel environnement. Il semble que les habitants de cette mystérieuse île ne souhaitent pas l’aider à s’intégrer. C’est un étranger pour eux et ne parle pas leur langue.

Pourtant, au tout début de l’histoire, l’Étranger (appelons le comme cela), fait preuve de méfiance envers ceux qui vivent sur cette île. Et cela ne leur plait pas…

« L’un d’eux a voulu m’aider à rassembler mes affaires. Il a saisi mon sac. Il a compris alors, que je l’avais attaché, à leurs égouts. Qu’une chaine de fer me séparait de ses bonnes intentions. Ses yeux ont noirci. Un grimace a déformé son visage. Il a jeté mon sac à terre. Je me suis dépêché de le détacher. »

Peut-être est-ce à cause de cette minuscule altercation que les autres habitants n’ont jamais tenté de mieux connaitre cet homme. Sur cette île, la religion est présente et les armes autorisées, pour le cas où une attaque « de l’extérieur » venait à les surprendre. Ce n’est encore jamais arrivé.

« Les habitants de l’île étaient fiers de ne pas se mêler de ce qui ne les regardait pas. »

L’auteur laisse une immense place à l’imagination de ses lecteurs. Quelle est cette île ? Qui sont ses habitants ? Pourquoi vivent-ils reclus ? À quelle époque se situe l’histoire ?

Nul ne le sait… Seul l’auteur. Et encore…

Nous pouvons imaginer de nombreuses alternatives… Peut-être que cette île est déserte et officiellement non habitable ? Peut-être qu’elle n’existe pas sur nos cartes ? Ou encore, peut-être sommes-nous dans le futur, notre Monde tel qu’on le connait est à feu et à sang et seule une petite partie de la population arrive à survivre, cachée de tous ?

J’ai cru un instant que j’avais deviné.

« Il y a avait de la douceur à perte de vue. C’était ce qu’on m’avait promis. On m’avait dit que qu’ici, les conflits seraient loin. Que les déchirements seraient apaisés. Que je connaîtrai la sérénité. »

Un réfugié comme tant d’autres, un homme tel qu’il en existe des millions, qui souhaite simplement vivre en harmonie. Heureux.

L’heure est aux questionnements. Mais pas seulement.

Sur cette île, le silence est d’or. L’Étranger l’a bien senti.

« Les sons que j’articulais étaient durs et stridents. Ils m’indiquaient que je parlais trop fort. Pour ne pas briser leur harmonie, je devais poursuivre en chuchotant. »

Il s’exprime difficilement, il est seul et rejeté de tous.

« Tout en avançant, je sentais un picotement irriter mon dos. Quelque chose me poursuivait. C’étaient leurs murmures.

Un jour, la pluie se met à tomber. Une pluie diluvienne, qui ne s’arrête pas.

« C’est vrai que c’est toi, qui as fait tomber la pluie? »

… lui dit un jour un jeune garçon. Dès lors, il est catégorisé comme étant responsable des atrocités qui se passent sur l’île. Il leur fallait un bouc émissaire… l’Étranger le sera.

Mais jusqu’où iront-ils ? Jusqu’à la mort ?

« Il hurlaient tous en coeur :
meurtrier blasphème assassin
meurtrier blasphème assassin
meurtrier blasphème assassin
meurtrier blasphème assassin »

Les petits + ?  

L’histoire… Quelle originalité ! Une lecture qui pousse à la réflexion, à l’imagination. Je ne vous raconterai pas la fin mais elle vous étonnera.

Les petits – ? 

Je suis tentée d’écrire « trop de non-dits » mais au final, c’est pour ses non-dits et pour sa libre interprétation que l’histoire est si originale.
Le dernier paragraphe est étonnant. Bizarrement étonnant. Il n’a pas ma préférence.


Un petit mot sur l’auteur :

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Marina Skalova est née en 1988. Traductrice littéraire de l’allemand et du russe, elle est responsable, depuis 2015, de la rédaction francophone de la revue Viceversa littérature. Elle est lauréate du Prix de Poésie de la vocation pour le recueil Atemnot (Souffle court) paru en 2016 chez Cheyne éditeur.

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