« Dieu ne serait-il pas laïc ? » de Paul Henri Escande – Chronique littéraire

J’avais envie d’une lecture qui me fasse réfléchir et qui bouscule mes idées sur ma religion. Je crois, je pratique ma religion et j’adore échanger avec des personnes qui n’ont pas la même vision que moi. Je trouve ces discussions passionnantes et très stimulantes.

Je me suis souvenue que les Éditions Baudelaire (Merci Anne!) m’avaient envoyé il y a quelques temps cette œuvre : « Dieu ne serait-il pas laïc ?« . Elle correspondait parfaitement à ce que je recherchais, je suis donc partie à la rencontre de Paul Henri Escande et de ses idées théologiques.

Capture d’écran 2017-07-11 à 12.01.55.png

 


Quatrième de couverture :

La foi est-elle indissociable de la religion ? Quelles évolutions le monde a-t-il connu depuis le Big Bang jusqu’à l’Homme d’aujourd’hui ?

Si ce sont des questions qui ne vous sont jamais venues à l’esprit, reposez ce livre. Il ne vous serez d’aucune utilité. Si en revanche vous avez le goût des chemins de traverse et de la la pensée autonome, cet ouvrage est fait pour vous.


Qu’en ai-je pensé ?

L’auteur se revendique profondément laïc mais profondément croyant. Vous avez-dit impossible ? Paradoxal ? Et bien non.. C’est également ce que je croyais avant de lire ce texte plus en détail. Il faut bien distinguer la laïcité et le fait d’être athée. En effet « le laïc peut-être croyant, mais il se refuse à laisser s’immiscer les lois de sa croyance dans les faits communautaires de son pays ».

Il est très important de savoir distinguer les termes car le plus souvent, les litiges surviennent lorsque les mots utilisés n’ont pas le même sens pour les différents protagonistes. La nécessité est donc de bien connaître le véritable sens des mots utilisés pour éviter tout malentendu.

L’auteur différencie la foi de la religion.

La foi est selon lui quelque chose de tout à fait personnel. L’être que nous sommes a de tout temps associé les mystères de notre existence à un être divin. « Cette croyance n’implique que celui qui la développe. »

En revanche, la religion est collective. Toutes les religions (et il en existe énormément car elles se multiplient à l’envi) possèdent les quatre mêmes critères. Elles sont pourvues de dogmes, de rites, d’une histoire et appartiennent à une région terrestre distincte. La religion est une création humaine et non divine, contrairement aux idées reçues. Mais la grande majorité des croyants, quelques soient leur religion, pense qu’il n’existe qu’un Dieu, un seul, et que seule sa nomination change. Il peut s’agir de Dieu, Râ, Allag, Jéhovah, l’Être Suprème (Robespierre), le Démiurge (Platon), le Grand-Architecte (Francs-Maçons)… et d’autres noms. L’idée principale est que le dieu auquel nous croyons est sensiblement le même que celui de nos voisins. Seul le nom est différent.

Voilà pourquoi il est complètement absurde que certains se battent pour imposer leur religion tout en sachant que leur Dieu est le même ! Pourquoi se battre lorsque les deux parties ont la même foi ?

Très intéressant également, l’auteur traite du prosélytisme qui représente le fait d’ « obliger » l’autre à croire. Dans ma religion, il nous est conseillé d’être « porteur de la Bonne Nouvelle ». Je n’ai jamais été d’accord avec cette idée là. Pour moi, la foi est une recherche personnelle. Je suis bien évidemment prête à en parler, à exposer mon point de vue et à partager ma foi mais sans forcément tenter de convaincre mon voisin. Chacun à son idée sur la question. La mienne est que je crois tout en sachant et comprenant que si mon voisin ne croit pas, il s’agit de son choix. Les discussions n’en seront que plus intéressantes !

« On peut très bien récuser la ou les religions qui nous entourent tout en respectant les adeptes de celles-ci avec leurs croyances et leurs modes de vie, c’est un acte minimum de tolérance que l’on doit à ceux qui n’ont pas la même opinion que soit : c’est cela que l’on appelle la laïcité. »

Lorsque les premiers hommes rassemblés en « tribus » ont élu des chefs pour les diriger politiquement et religieusement, le problème de l’Etat-religieux est arrivé. Le gouvernement et la religion ne faisant qu’un, l’émergence des « demi-dieux », des « anges » et par la même occasion des « démons » mais également le sacre des Rois qui se vantaient d’être ordonnés par Dieu sont alors apparus. Bref, tout était mélangé et ce n’était plus du tout quelque chose de personnel. On croyait plus par culture et habitude que par foi personnelle.

Comment parler de religion sans parler de Jésus ? Contrairement aux idées reçues, Jésus n’est pas le fondateur au sens historique du christianisme. Il était et restera juif et ce sont ses disciples qui fondèrent cette branche. Il reste malgré cela la figure fondatrice tout en ne l’étant pas historiquement parlant. Pourtant, d’après l’auteur, beaucoup de textes de la Bible ont été inspirés par les religions ancestrales. La Trinité par exemple, aurait été reprises des mythologies égyptiennes. Il semble que certains faits auraient également pu exister par cause naturelle. La séparation des eaux pour laisser passer Moïse représentait probablement un tsunami qui serait vraisemblablement dû à l’apparition du volcan de Santorin en Méditerranée… Des explications parfois trop rationnelles pour certains… Et pourtant !

Toujours dans la première partie, l’atour traite du sujet du sexe au sein de la religion. Alors que nos générations précédentes (je parle de l’époque des religions polythéistes) étaient très libres et libérés sexuellement parlant, il semble que nous soyons soumis à un dogme puissant qui diabolise notre liberté corporelle et interdise les plaisirs physiques. C’est une partie que j’ai trouvé particulièrement intéressante car ce n’est en aucun cas  quelque chose que j’ai pu aborder lors de mes « études religieuses »… étant un sujet particulièrement tabou. Et pourtant, pourquoi autorise t-on les autres plaisirs tout en refusant celui-ci? Les religions sont mêmes allées jusqu’à qualifier les parties génitales de « parties honteuses » tout en sachant que sans elles, la vie n’existerait pas !

Malheureusement, « la prohibition ouvre la porte à toutes les dérives  » et c’est comme cela qu’est né la pornographie, le voyeurisme, la dépréciation de la femme ou encore la monstrueuse pédophilie.

Certains ont tenté de faire évoluer les mentalités. On pense notamment aux hippies des années 60/70. Mais était voué à l’échec car il est impossible pour une seule génération de s’affranchir des règles millénaires. Il faudrait pour se faire que toutes les populations du Monde prennent conscience de ce problème. Ce n’est malheureusement pas pour aujourd’hui…

Pour résumer la première partie, l’auteur estime « qu’il faut bien comprendre que les livres saints ont été écrits à des périodes dont ils reflètent les mœurs, et qu’il serait vain de continuer à en appliquer tous leurs principes, dont certains, valables à leur époque, ne correspondent plus à l’évolution que l’humanité a subie ou même provoquée depuis leur promulgation. »

Dans sa seconde partie, Paul Henri Escande nous emmène dans les tréfonds de l’évolution du Monde et de l’espèce humaine. J’ai moins apprécié cette partie car je l’ai trouvé trop scientifique. En revanche, j’ai trouvé très intéressant sa comparaison humain/animal. L’auteur pense qu’un jour peut-être, certains animaux évolueront de telle sorte qu’ils prendront l’ascendant sur nous, de la même manière que nous avons pris l’ascendant sur toutes les formes animales il y a des millénaires.

En résumé… Une lectrice très enrichissante ! J’ai beaucoup aimé rencontrer l’auteur à travers ses écrits et ses pensées. Parfois être poussé dans ses retranchements est une bonne chose. Découvrez son essai de quatre-vingt pages et laissez-le s’immiscer en vous pour stimuler votre cerveau… et votre cœur !

 

 

Publicités

8 réflexions sur “« Dieu ne serait-il pas laïc ? » de Paul Henri Escande – Chronique littéraire

  1. Grâce Minlibé dit :

    Belle surprise de savoir que vous êtes croyante. 🙂 Catholique, évangélique ? Convaincre l’autre d’adhérer à sa religion ne marche jamais. On peut parler de notre foi, inviter les autres sans forcer. La marche avec Dieu doit être une décision personnelle et libre. Vous lisez des livres chrétiens ?

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s