« Le cri du diable » de Damien Murith – Chronique littéraire

« Le noir, pour les nuits sans lune, pour les étoiles qui s’éteignent, crèvent à la pointe du ciel, pour les fosses, les gouffres, les abîmes à franchir, le trop-plein des tempêtes, des orages, pour les cœurs éclatés à coups de douleurs, les bouches grandes ouvertes qui crient, pour la cendre des morts. 

Le gris, pour les plis de l’hiver, pour la brume qui se traîne, la poussière, des chemins de pierre, le roc solitaire qui déchire la rivière, pour l’échine du chat, quand la lune s’attarde sur les toits, pour les cents visages de la mélancolie, pour les larmes amères.

Reste le blanc. » 

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Ce n’est pas une œuvre qui se lit en société, dans le métro ou dans un café bondé de monde. C’est une œuvre qui se déguste doucement, dont on se délecte.

On goûte les mots, on  s’en abreuve.

Damien Murith est ma belle découverte de l’année. Merci aux Éditions l’Âge d’Homme  pour le partage livresque qui m’a plongé dans un monde à part, beau et pourtant parfois bien laid. Un monde poétique et humain.

J’ai beaucoup aimé La Lune assassinée, adoré Les Mille Veuves et ce troisième opus reste tout aussi remarquable.


 

Quatrième de couverture :

Le diable crie dans les veines de Camille. Camille est jalousie. Elle cherche en vain celui qui ne la décevra plus et de village en village, de misère en misère, répand son venin.

Mais le passé rattrape Camille. Alors elle fuit, se cache derrière les murs de la grande ville, loin des hommes qui la traquent.

Après la noirceur de la terre et les profondeurs des tempêtes humaines, la plume vertigineuse de Damien Murith trempe ici dans le poison et achève d’un souffle épique le tragique triptyque que dresse Le cycle des maudits.


 

Qu’en ai je pensé? 

J’ai commencé ce troisième tome un petit peu en urgence, il sortait en librairie le 15 août et nous étions déjà le 13 ou le 14. J’étais déjà en pleine lecture de deux autres livres et la plume de Damien Murith n’est pas de celle que l’on partage avec d’autres. J’ai lu une trentaine de pages et je me suis surprise à ne pas retrouver ce que j’avais ressenti dans les deux premiers opus.

Je l’ai mis de côté et de retour en région parisienne, j’ai eu l’envie irrésistible de le reprendre. Je l’ai finalement dévoré… Ouf ! J’avais si peur d’être déçue après avoir été littéralement subjuguée par La Lune Assassinée et Les Mille Veuves.

Les mots de cet auteur sont si beaux, si forts qu’il m’était agréable de déclamer certains passages à haute voix, pour véritablement les comprendre, les ressentir. Il est difficile d’expliquer une plume si spéciale, si originale.

La lire est – je pense- la meilleure des chroniques.

« Il y a ces instants de silence, car ce sont les yeux qui disent, il y a ces matins de sommeils emmêlés, de gestes suspendus, il y a ces nuits de séismes où le fluide des corps pressés laisse dans les draps l’odeur des sous-bois, et l’eau salée des baisers érode la grisaille, il y a ces après-midi de cheveux aux vents, de courses folles dans les rues, de cailloux lancés qui ricochent sur les muscles noueux du fleuve, et tous les soirs bercés de quiétude, rien n’échappe à l’amour qui bourgeonne, éclate en pétales de vie, et le rire et l’insouciance moulés ensemble est unique mélodie. » 

J’appelle cela de la « prose poétique ». Ou de la « poésie prosienne ».  Peu importe le nom que je lui donne, ce style est magnifique.

L’histoire en elle-même, c’est Camille, jeune femme jalouse et amoureuse qui s’enfuit de son village après avoir assassiné un homme qui cherchait à l’abuser sexuellement. Elle va tenter de se construire une nouvelle vie, loin de tout, auprès d’un autre homme. Mais ce bonheur ne peut durer éternellement quand la jalousie est omniprésente…

« La jalousie, parasite jamais rassasié, elle se loge dans la fange des coeurs, y plante ses dents qui sont comme des harpons, et autour d’elle tout est souffrance, jusqu’à l’agonie. » 

Camille est jalousie.
Camille est violence.
Camille aime désespérément.

Alors je quitte cette troisième œuvre la boule au ventre, le cœur lourd… Car je sais qu’il s’agit du dernier. J’aimerai en avoir plus. D’autres livres, d’autres mots. D’autres émotions, d’autres sentiments qui s’offrent à moi. D’autres lectures très personnelles comme celle que je viens de terminer… Que j’ai aimé être seule dans ma chambre, le livre à la main et ma seule voix pour lire et déguster chaque passage de cette sublime œuvre.

Je pense que ce type de plume est si originale que l’on ne peut qu’être extrême dans notre perception. On adore ou on déteste.

Pour ma part, j’adore. 


Un petit mot sur l’auteur

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Damien Murith est né en 1970. Il vit dans le canton de Fribourg où il travaille dans l’enseignement. Son premier roman, La Lune assassinée (L’Age d’Homme, 2013) est son premier roman a reçu quatre prix littéraires. Les mille veuvesest le second volume d’une trilogie en cours d’écriture.

 

J’ai appris que Damien Murith avait été sélectionné au Prix des Lecteurs de la ville de Lausanne. J’espère de tout cœur qu’il en sera le lauréat !

 

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