« L’archipel d’une autre vie » d’Andreï Makine de l’Académie Française – Chronique littéraire

Voilà un livre que je connaissais de nom … et de réputation car nombreux sont ceux qui m’ont vanté la qualité de cet ouvrage. Imaginez donc ma joie lorsque les Editions Points (Merci Aurore !) m’ont proposé de le recevoir en Service Presse. Merci une nouvelle fois pour ce formidable envoi. C’est une oeuvre d’une beauté à couper le souffle.

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Quatrième de couverture : 

Aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s’étendent des terres qui paraissent échapper à l’Histoire…

Qui est donc ce criminel aux multiples visages, que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer à travers l’immensité de la taïga ?

C’est l’aventure de cette longue chasse à l’homme qui nous est contée dans ce puissant roman d’exploration. C’est aussi un dialogue hors du commun, presque hors du monde, entre le soldat épuisé et la proie mystérieuse qu’il poursuit. Lorsque Pavel connaîtra la véritable identité du fugitif, sa vie en sera bouleversée.

La chasse prend une dimension exaltante, tandis qu’à l’horizon émerge l’archipel des Chantars : là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l’amour.


Qu’en ai-je pensé ? 

Je découvre Andreï Makine et je ne peux que louer son talent de conteur et d’écrivain. Le titre représente à lui seul bien des choses. L’archipel d’une autre vie… C’est beau, c’est doux. On ne le comprend réellement qu’à la lecture de l’épilogue mais on l’aime dès les premières pages.

1970. Sibérie Extrême-orientale. Un jeune homme fait la connaissance de Pavel Gartsev. : notre héros. Quinze pages plus loin, il lui raconte son histoire..

Vu ma classe d’âge, je ne fus appelé sous les drapeaux qu’en 1943, pour être affecté à la rédaction d’un journal militaire. Ce n’était pas une planque – les correspondants de guerre avançaient au milieu des combattants. Typhus, blessures, nuits passées sous la neige, j’en avais dégustez assez et avais même gardé comme souvenir, cette marque laissée par un lance flammes : une tache de peau brulée sur mon cou. La cicatrice faisait penser à une araignée gorgée de sang. Il y avait aussi une autre séquelle, invisible celle ci, et qui avait balafré ma mémoire : une ville sur la Baltique, des fantassins que j’accompagne pour mon reportage, des maisons éventrées par les bombes et, dans une ruelle, cette dizaine de corps de femmes que les soldats piétinent en courant, car le temps nous manque, en pleine fusillade, pour enlever les cadavres… De tous les carnages observés, le fait d’avoir foulé un visage féminin allait me poursuivre avec la persistance la plus impitoyable.

A coeur ouvert et à langue déliée, souvenirs et émotions ressurgissent presque vingt ans après les faits. Andreï Makine parvient à dépeindre un tableau réaliste et humain de l’époque stalinienne tout en offrant au lecteur la sublime beauté de la nature sibérienne.

Au delà de la simple chasse à l’homme dans une nature glaciale et hostile, on assiste à une véritable quête existentielle qui permet d’offrir au lecteur la possibilité d’entrevoir une autre vision de la vie, celle d’un homme privé de ses repères qui va devoir s’adapter pour survivre à la violence de la vie… mais également à sa propre violence.

C’est un roman d’aventure passionnelle, une histoire puissante mâtinée de forts accents politiques. Ces simples soldats et leurs supérieurs se retrouvent dans une sorte de huit-clos gigantesque (la taïga) et face à l’immensité de la nature et la difficulté de la traque, leurs véritables visages surgissent. Dans ce climat soviétique de l’époque où chacun peut être considéré comme un délateur, ils vont, les uns après les autres, se retrouver en mauvaise posture et réagir en conséquence. Le pire restant lorsque cet ennemi sans visage se dévoile.

Le fait que l’évadé se révélât être une femme changea radicalement notre attitude. Avant nous avions une vague compassion pour ce fuyard aux pieds nus. Il incarnait ce qui pouvait nous arriver, à chacun, sans cette époque imprévisible et atroce où nous vivions. Etre face à une femme inversait le sens de notre expédition. Elle nous avait humiliés, rapetissés. Les vrais victimes, c’était nous ! Ballottés dans cette taïga sans fin. Atteints notre notre honneur. Dégradés par une fille qui tirait mieux que nous, marchait vaillamment, ripostait à nos assauts avec sans-froid.

Andreï Makine compose ici une traque haletante aux airs poétiques qui ne peut que vous combler. Ce livre est, sans l’ombre d’un doute, l’une de mes découvertes coup de coeur de l’année. Au rythme de sublimes phrases, j’ai frissonné, j’ai pleuré tant j’étais émue face à cette plume audacieuse et authentique qui retraçait le destin de cet homme et de cette femme. C’est un récit fort et engagé. J’ai été troublée par les mots d’Andreï Makine. J’ignore si je l’étais en raison de la violence de la quête ou si il s’agissait du style de l’auteur qui me perturbait. Peut-être les deux… Et peut-être encore autre chose.

Avant de nous quitter, vous voulez une petite explication pour ce fameux titre : L’archipel d’une autre vie ? 

Ce que je vis, arrivant là-haut, fut impossible à exprimer. L’infini, le néant, la chute dans le vide… Ma pensée articulait ces mots qui s’effaçaient devant la vertigineuse beauté qui n’en avait plus besoin. Une légère brume voilait l’horizon. L’océan uni au ciel était le seul élément qui nous entourait de toutes parts. Et le soleil, déjà bas, renforçait cette sensation de fusion, recouvrant tout d’un poudroiement doré, ne laissant pas le regard s’accrocher à un détail. Nous étions, je le voyais à présent, au point culminant d’une petite péninsule et la hauteur du lieu créait cet effet de lévitation au dessus de l’immensité océanique.

« C’est là où je dois aller… »

 

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Un petit mot sur l’auteur : 

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Andreï Makine, né en Sibérie, a publié une douzaine de romans traduits en plus de quarante langues, parmi lesquels Le Testament français (prix Goncourt et prix Médicis 1995), La Musique d’une vie (prix RTL-Lire 2001), et plus récemment Une femme aimée. Il a été élu à l’Académie française en 2016.

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