« Ils sont tous morts » d’Antoine Jacquier – Chronique littéraire

Un joli colis dans ma boîte aux lettres me dévoile ses surprises et un grand merci aux Editions l’Âge d’Homme qui m’offrent la promesse de longues heures de lecture automnales.

Je décide de commencer par « Ils sont tous morts » d’Antoine Jacquier. Je ne dirai pas que le titre m’a attiré au premier abord – un peu déprimant quand même, non? – mais c’est la quatrième de couverture qui m’a convaincu. Elle m’a rappelé une lecture du passé (pas si lointaine que cela d’ailleurs) qui m’avait chamboulée.

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Quatrième de couverture :

Crépuscule des années 80. L’héroïne et le haschich se vendent à la criée sur les scènes ouvertes de la drogue à Zurich et Berne. En campagne, l’ennui consume la jeunesse d’un groupe de potes désoeuvrés, adeptes du «No Future». Un hommage rendu à ces milliers de jeunes suisses qui n’ont rien vu venir. Ni le moment charnière entre consommation festive et toxicomanie, ni le virus du sida qui les a décimés. Jack, le plus jeune de l’équipe s’amourache de Chloé. Les promesses romantiques et le voyage en Thaïlande ne seront que de fugaces lueurs face à l’inexorable évolution de l’emprise opiacée.


Qu’en ai-je pensé ? 

« Les hallucinogènes, ça fait tomber les masques, c’est très intéressant pour savoir qui tu es et ça peut même aider à savoir qui tuer. Ce qu’ils n’avaient pas dit ces connards de hippies, c’est qu’à force d’entasser toutes ces réalités, à force de trop surfer sur des plans vibratoires, un jour, tu vois Robert s’envoler d’une fenêtre, il croit qu’il va voler, que ça peut pas rater. Et puis non, le le vol est vertical et mon copain est mort à trop vouloir rêver. » 

Un faux air de Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée avec à sa tête un « Christian » et non une « Christiane » que l’on appellera Jack.

Jack est, comme il le dit lui même, « de ceux qui souffrent, s’écorchent sur une parole et se vexent en silence. »

« J’ai 17 ans demain, même que c’est dans quatre heures. Tout l’univers s’en fout. Je ne suis pas un hippie, je ne suis pas un vrai punk, je ne suis pas dans le rang. Je suis un moins que rien et je vous tuerai tous. » 

L’histoire est plutôt bien menée. On comprend vite qui est le protagoniste principal, qui sont ses amis et surout, qui consomme quoi. Car au final, c’est le sujet principal : la drogue. Au début douce, au milieu dure et tout du long… mortelle.

Drogue, sexe et rock’n roll? Non, même pas. Juste des mots crus qui abordent la notion de la déchéance sous la forme d’un témoignage sans une once de douceur.

La femme (et quand je dis « la » femme, je parle de toutes les femmes citées dans cet ouvrage) est reléguée au rôle d’objet sexuel. C’est toujours compliqué pour moi de lire ce type de mots, agressifs, qui rendent la femme inférieure. Même si j’ai pleinement conscience qu’il ne s’agit que d’un roman, j’ai toujours un peu de mal.

Jack, ses copains et « leur » Chloé – « leur » car au final, elle leur appartient un peu, à tous… – décident de sortir de leur campagne pour affronter le monde. Ils organisent un holdup dans lequel ils vont perdre l’un des leurs mais grâce auxquels ils vont gagner une sacré somme d’argent. Leur objectif ? S’envoler pour la Thaïlande ! Mais tout n’est pas si simple…. Et pourtant, ils vont réussir et repousser leurs limites loin, encore plus loin, jusqu’à tout sacrifier sur l’autel de la défonse absolue.

Parlons du style à présent car je dois avouer qu’il m’a légèrement perturbé jusqu’à ce que je comprenne ce qui me dérangeait. Antoine Jaquier écrit plus ou moins en rimes ! On croirait lire des paroles de slam… Et partout, presque à chaque ligne : des assonances. C’est étonnant.

« Tout le monde le sait : mon frère est un bon gars lorsqu’il est en état. Son souci principal, en dehors de la dope, ça s’appelle le Sida. »

Ca pourrait être joli mais pour ma part, c’est vite devenu agaçant. J’avais parfois l’impression de lire un poème avec un côté poétique assez marginal.

Dans l’ensemble, Ils sont tous morts est un roman intéressant qui peut mettre en garde les lecteurs contre la drogue et ses méfaits. J’ai eu parfois un peu de mal avec le style un peu trop populaire, cru, à la limite du vulgaire. Ce n’est pas ma came, sans mauvais jeu de mots…

Je ne dirai pas que j’ai été déçue car j’ai tout de même passé un bon moment de lecture – même si elle m’a un peu déprimée, mais il fallait s’y attendre – mais il est évidement que mes précédentes lectures de cette maison d’édition m’ont beaucoup plus marqué.

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Un petit mot sur l’auteur :

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Antoine Jaquier
est né à Nyon en 1970. Travailleur social et Spécialiste en management culturel, il travaille depuis vingt ans en région lausannoise.
Avec son premier roman « Ils sont tous morts », paru en 2013 aux Editions de L’Âge d’Homme, il a été le Lauréat du Prix Edouard Rod 2014.
« Avec les chiens », paru en 2015 aux Editions de L’Âge d’Homme, a gagné le Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne 2016.

 

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