« La nuit d’Ulysse » de Salomé Rouiller – Chronique littéraire

Merci aux Editions l’Age d’Homme pour ce court récit qui nous plonge dans les tréfonds de la schizophrénie. Il est compliqué de définir la ligne éditoriale de cette maison d’édition qui brille par son éclectisme.

« C’est tout dans votre tête »

23135132_1773872672625483_530398037_o.jpg

 


Quatrième de couverture : 

Et si l’on vous parlait d’un autre Ulysse? Celui qui erre dans une ville emplie de vide. Celui qui s’accroche désespérément à un passé qui le rend fou. Cet Ulysse qui s’enivre d’alcool et de douleur, au son de sa propre médiocrité. Cet homme qui trébuche dans l’ombre du héros, malsain, détruit, et qui tente de s’approprier un souvenir fuyant pour se reconstruire. Ulysse seul, seul contre la vie même, cette traîtresse qui s’acharne à le faire respirer, malgré la souffrance.


Qu’en ai-je pensé ? 

Brûle. Oh oui, brûle. Le temps s’espace et les minutes fondent. Les secondes se pourchassent et le feu brûle. Mon coeur est un bucher où les dieux s’interpellent et se poignardent. Brume, brouillard mais dissipe-toi donc. Mon coeur brûle, ma poitrine ne semble plus capable de le contenir. Brûle.

L’Ulysse que nous connaissons bien à travers le si célèbre Odyssée d’Homère, est le roi d’Ithaque. Il part pour la guerre en Asie mineure et laisse femme et enfant sur sa petite île grecque. L’Ulysse que nous découvrons ici est new-yorkais et semble complètement ailleurs.

Son corps est en Amérique, sa tête est en Grèce. Il sonde les recoins les plus sombres de la ville à la recherche de  Circé, Pénélope, Calypso… et d’Ulysse. Il les rencontre mais sont-ils réels ? Est-il en train de rêver ? Je l’ignore, le lecteur est libre de se faire sa propre interprétation au regard du peu d’information dont il dispose. Il noie son chagrin dans l’alcool et les femmes. Les prostituées pour lui, ce sont les Sirènes dont le chant ensorcèle les marins qui ont le malheur de croiser leur route.

Pour se trouver, il tente de se soigner en prenant rendez-vous chez une psychologue, ce qui accentue notre hypothèse d’une maladie mentale. A peine arrivé dans la cour du cabinet, il se retrouve en tête à tête avec une statue qui le trouble et l’effraie.

Ma peau se hérisse. Mais je ne peux pas faire marche arrière. Une statue se dresse au bout du couloir. Elle représente une femme qui se tient la tête à deux mains, ses lèvres entrouvertes en un cri qu semble si réel que je peux presque palper les terribles notes qui s’en échappent. Et son regard… Jamais, de ma vie entière, je n’ai vu de terreur si puissante, si claire que celle qui y erre, prisonnière à jamais de la pierre.

Il a si peur de cette être de pierre qu’il se me met à trembler. Il ne veut plus s’y rendre mais il s’y force. Son autre-lui le pousse à poursuivre la séance. Vient alors une situation des plus intéressantes : l’esprit de l’homme se met à imaginer un dialogue terrifiant. Alors ? Schizophrénie ?

Une pauvre âme perdue au centre d’une ville qui ne s’endors jamais, un homme semblable à vous et moi mais qui n’a qu’un désir : se trouver. Toute hypothèse est bonne à prendre : maladie mentale, rêve ou simple métaphore. A vous de choisir.

Bienvenue dans un monde où je n’existe plus vraiment. Quelqu’un d’autre prend possession de mon âme, pour cette soirée, pour cette ébriété.

Salomé Rouiller dévoile en ce premier roman une jolie prose poétique qui n’est pas sans rappeler celle de Damien Murith dont vous trouverez les chroniques en cliquant ici, ici ou encore ici.

Tout est métaphore, tout est imaginé. Un court récit d’une grande force qui vous propulse.

Je vous conseille une relecture après la première afin de bien comprendre les enjeux de l’histoire. Quatre vingt pages, cela va relativement vite et il serait dommage de passer à coté d’un tel talent lyrique.

Faites connaissance avec un nouvel Ulysse, malade, triste, terrifié. Car celui que l’homme tente de fuir et celui qu’il cherche à trouver, c’est tout simplement lui même.

Cette haine, insondable, prostrée en soi. Cette haine qui nous brise, qui nous remplit les yeux de noir, qui nous arrache l’étincelle d’innocence qui se cachait encore dans nos pensées. Celle qui nous affaisse le visage ces émotions, qui nous jettent face la première dans le gouffre de nos peurs.


Les infos pratiques :

capture-d_c3a9cran-2017-10-28-c3a0-12-19-44.png

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s