« Aurélien » de Louis Aragon – Chronique littéraire

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Vous pouvez lire ma chronique sans avoir peur d’en savoir trop sur l’histoire.

Je découvre pour la toute première fois la splendide plume de Louis Aragon. Que vous dire sur celle-ci ? Aragon est un poète, un virtuose de l’écrit qui a le don de jouer avec les mots avec l’aisance des plus grands. Peut-être parce qu’il en fait partie ? Sublime plume, sublime moment partagé avec Aurélien, Bérénice, leur amour et leur frustration. Toute la beauté de cette oeuvre réside dans ce désir maitrisé à l’extrême.

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J’ai été happée par cette histoire dès le tout premier chapitre. Non d’ailleurs je dirai même plus : depuis la préface écrite par l’auteur lui-même. J’y ai notamment appris que Louis écrivit ce récit à une période où Elsa Triolet, la femme qui a partagé sa vie, menaçait de le quitter. Bérénice, serait en réalité une femme qu’il aurait tendrement aimée, sans pouvoir réellement consommer cet amour tandis qu’Aurélien, et bien… il serait son équivalent romanesque.

Les années folles à Paris, que j’aurai aimé vous connaitre !

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Les jambes qui se dénudent sous des robes aux tissus plus légers, les boucles relevées sur les nuques laiteuses des plus belles femmes de la capitale, les sous-sols aménagés en bars dansants, les salons mondains où les plus influents personnages se disputent l’attention… et Aurélien… et Bérénice. Aurélien, jeune  rentier, pessimiste, idéaliste, célibataire endurci, ne croit pas en l’amour (mais il enchaine les conquêtes, aucun problème avec cela !). Mais tomber amoureux ? Non, très peu pour lui.  Avant de rencontrer Bérénice. Cette jeune femme, mariée à un pharmacien de campagne, pourrait être comparé à un poisson faisant inlassablement le tour de son bocal. Elle étouffe, elle ne vit qu’à moitié, et son pauvre bougre de mari ne pourra jamais la satisfaire. Elle a besoin de briller, de brûler, d’exister. Au lieu de cela, elle meurt d’ennui au côté d’un homme bien trop calme et gentil pour canaliser son volcan intérieur. Et ils se rencontrent, nos deux frustrés de la vie, nos deux cœurs à prendre. Et ils tombent amoureux. Tout doucement, petit à petit. Difficile de se l’avouer pour eux qui n’ont jamais connu l’amour sincère. Difficile pour nous, lecteurs, de ne pas tomber amoureux de leur histoire.

« Le seul moyen de se délivrer d’une tentation c’est d’y céder. Résistez et votre âme se rend malade à force de languir ce qu’elle s’interdit. » Les mots d’Oscar Wilde sont en parfaite adéquation avec cette oeuvre. Jusqu’où l’âme d’Aurélien et Bérénice se rendra malade à force de languir ce qu’elle s’interdit? Telle est la question. Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus…

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700 pages, cela peut en freiner certains. Je le comprends. Je peux néanmoins vous garantir que ces pages valent le coup. J’avais lu la chronique de beer & books (je vous conseille d’ailleurs son joli compte) qui disait notamment que la partie centrale était peut-être un peu longue et creuse. En effet, cette partie du récit est un peu plus tournée sur la vie de ce Paris de l’époque et un peu moins sur nos deux protagonistes mais de manière toute personnelle, cela ne m’a pas dérangé. Ce récit m’a aidé à combler trois de mes insomnies, je retrouvais Aurélien et Bérénice le temps de quelques moments nocturnes et cela m’a fait un bien fou, c’est une superbe lecture. (Un peu) (beaucoup) (énormément) frustrante, certes, mais une très belle histoire tout de même. J’espère que vous succomberez à la tentation (sans mauvais jeu de mots) de vous procurer cette belle oeuvre et que vous l’aimerez autant que moi.

Pour terminer, voici mes citations préférées :

Aurélien : 

Et de nouveau Aurélien revoit le visage, , la lèvre inférieure qui a l’air de souffrir et ce sourire, ce patinage de la lumière aux pommettes, les cheveux sur le front, les yeux fermés… mais les yeux s’ouvrent et tout se brouille.. (…) Peut-on dire de Bérenice qu’elle est jolie? Il l’avait trouvé laide, d’abord. Il l’avait mal regardée. La question n’est pas qu’elle soit jolie. Elle est mieux que jolie. Elle est autre chose. Elle a un charme… »

Bérenice : 

« ‘Je ne veux pas avoir du mérite, je veux être heureuse… ‘ L’image d’Aurélien s’est emparée d’elle. Son visage, son allure, son corps. Où qu’elle tourne ses yeux vers l’ombre, c’est lui qu’elle retrouve et qui l’entoure et la poursuit. C’est bien de dire qu’on part, mais si on part pour emmener avec soi ce dont on part? Aurélien, Aurélien. Ah c’est insupportable ! Comment ne plus le voir, comment renoncer? » 

« Elle disait bien qu’elle n’aimait pas, qu’elle ne croyait pas aimer Aurélien, mais tout dans son attitude le démentait. Sans quoi, de quoi donc avait-elle peur? L’’essentiel était qu’elle craignait de céder, de ne pouvoir échapper à ce destin. (…) Si elle n’avait eu pour Aurélien qu’un simple penchant, un goût physique… peut-être… pourquoi pas. Mais c’était trop grave, voila ce qu’il y avait. »

Les deux ensemble : 

« Il y a une passion si dévorante qu’elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. On frémit de la nommer : c’est le goût de l’absolu. On dira que c’est une passion rare, et même les amateurs frénétiques de la grandeur humaine ajouteront : malheureusement. (…) Qui a le goût de l’absolu renonce par là même à tout bonheur. Quel bonheur résisterait à ce vertige, à cette exigence toujours renouvelée? »

 

 

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