Sept pierres pour la femme adultère de Vénus Khoury-Ghata – Livre audio – Chronique littéraire

Fière d’être femme et féministe de la première heure, je ne pouvais qu’adhérer à la pensée de la maison d’édition Des femmes – Antoinette Fouque. Je pourrai vous en parler des heures tant il y aurait à dire sur le sujet mais je préfère vous rédiger un bel article un peu plus tard qui présentera cette maison d’édition féministe que j’ai découvert il y a peu.

Aujourd’hui, je resterai donc sur ma dernière découverte audio, Sept pierres pour la femme adultère de Vénus Khoury-Ghata.

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Un petit mot sur l’histoire :

Dans un village aux portes du désert, Noor attend son châtiment : coupable d’adultère après avoir été violée par un homme et enceinte à la suite de ce viol, elle doit être lapidée. Elle n’imagine pas pouvoir se soustraire à la justice. C’est sans compter une Française, venue pour une mission humanitaire et qui, pour la sauver, déploiera des trésors de volonté.
Formidable conteuse, Vénus Khoury-Ghata brosse les portraits de femmes au destin tragique, déchirées entre le respect de la tradition et le droit à la liberté. Roman de la chair, celle qu’on cache des regards, celle qui enfante, celle qu’on moque, frappe, mutile, blasphème, mais aussi roman de la solidarité féminine, Sept Pierres pour la femme adultère vous emporte, vous envoûte et vous bouleverse dans cette lecture portée par deux femmes, deux voix de l’Orient et de l’Occident.

Une main te glisse un biberon entre les doigts, une autre t’aide à t’asseoir, cale ton dos avec des coussins, remplace tes chaussures par des babouches confortables. Elles sont aux petits soins pour toi. Elles feront pareil pour toute nouvelle accouchée. Un loukoum fourré dans ta bouche pour enlever son acidité au lait. Un verre de jus d’amande pour le faire affluer. Deux gouttes d’essence de fleur d’oranger pour chasser les coliques, et pour la nuit la tisane de pavot, prodigieuse de sommeil. V.K.-G.


Mon avis :

Oeuvre coup de poing ! J’ai pris une vraie claque. Je ne m’y attendais pas.. et regrette encore moins !

Pour nous, femmes d’Occident, qui œuvrons depuis longtemps déjà pour notre émancipation, il peut nous sembler inconcevable que ces femmes au-delà de nos frontières soit traitées de cette manière, considérées comme des ventres, des utérus, des porteuses d’enfants, uniquement sur Terre pour satisfaire les besoins charnels des hommes et mettre au monde leur descendance.

J’ai ressenti une profonde colère à l’écoute de cette oeuvre. De quel droit une femme, victime parmi les victimes, abusée sexuellement par un homme, portant l’enfant de son viol, puisse être considérée comme impure et doit, de ce fait, subir ce qu’ils appellent la fatwa ?

Dégoût, rejet, honte. J’ai éprouvé beaucoup de sentiments négatifs à cette écoute. Pas pour l’oeuvre qui, à mon sens, est une sublime mise au point, un témoignage nécessaire sur la situation effroyable des femmes dans certaines régions du monde… Mais justement pour ces conditions de vie qui me révoltent et m’indignent.

Mon casque sur les oreilles, je faisais de longues marches dans Berlin et parfois, je me surprenais à ralentir l’allure, m’arrêtant même, pour bien comprendre ce que l’auteur avait voulu exprimer. Le choix des mots est inéluctable et dans cette oeuvre, l’auteur a réussi son pari haut la main, me faisant parfois même, réagir à voix haute. « Mais ce n’est pas possible« , « Quelle tristesse« .

Une femme n’a pas besoin de savoir lire. Une femme lit le désir dans les yeux du mâle, active son feu en même temps que celui de l’âtre, pétrit son ventre du même geste que le pain à enfourner. Quel besoin de lire dans un douar qui ne compte qu’un seul livre, propriété du cheikh ? Lire et écrire est bon pour ceux qui vivent en ville, non en bordure de désert.

Que peut-on faire pour faire bouger les choses? Etre solidaires, continuer le combat.

C’est une très belle histoire d’amitié entre deux femmes extrêmement différentes : l’une se confortant dans sa place de femme-objet, l’autre refusant avec fougue les conditions de vie de cette région (illettrisme, statut des femmes dans le village, exécutions arbitraires). Qu’il est difficile de faire changer les moeurs d’une culture vieille de 25 siècles…. Quelle impuissance !

Vous l’aurez compris : Sept pierres pour la femme adultère est une histoire bouleversante qui m’a profondément émue. Je pense que la version audio ajoute une sensation, une émotion différentes. Je ne sais pas si j’aurai apprécié autant cette oeuvre si je l’avais lu en version papier. Il est parfois plus salutaire de se laisser porter par la voix, ressentant les émotions avec elle, partageant ses douleurs, se plongeant véritablement dans l’histoire.

Deux voix ici :  Vénus Khoury-Ghata, l’auteur, et Brigitte Fossey. La première venue d’Orient, la seconde d’Occident, accompagnent avec toute la retenue nécessaire cette lecture.

Sept pierres pour la femme adultère est un roman envoûtant, sensuel pouvons nous même dire, à l’écriture sensible et lyrique, nous partage la vie des femmes orientales écrasées sous le poids de coutumes barbares. Triste réalité d’un monde qui rejette malhereusement bien trop souvent encore l’humanité et l’égalité.

La plus de l’auteur est sublime. Véritable conteuse dans l’âme, elle raconte sans aucune fioriture ces deux destins entremêlés autour d’une fin tragique. Je recommande à tous.


Les – ? 

Vous connaissez mon honnêteté sur chacune de mes découvertes littéraires. Mon avis sur cette oeuvre est à 95% positif mais je dois avouer avoir eu quelques difficultés à assimiler les différents personnages. Je suis allée vérifier  sur internet après la première heure d’écoute pour bien comprendre. Avec la lecture audio, il est parfois un peu plus  difficile de bien se rendre compte des protagonistes car la voix, si elle change de ton, ne peut changer de forme et peut troubler le lecteur.


La presse en parle : 

Le roman qui dénonce des traditions obscurantistes entre dans la collection La Bibliothèque des voix (…). À écouter et à entendre. Monique Verbussen, La libre Belgique, 23 avril 2018

Le beau roman de Vénus Khoury-Ghata, l’histoire d’une femme coupable d’adultère et condamnée 
à la fatwa, a séduit Brigitte Fossey 
au point d’en faire une lecture à voix haute. Le Figaro, 22 mars 2018


Un petit mot sur l’auteur :

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Vénus Khoury-Ghata, poétesse, romancière, critique littéraire et traductrice d’origine libanaise, est l’une des plus grandes voix de la littérature francophone contemporaine. Auteure d’une vingtaine de romans et d’autant de recueils de poésie, elle a bâti au fil des ans une œuvre riche, couronnée de nombreux prix littéraires dont le grand prix de poésie de l’Académie française en 2009 et le prix Goncourt de la poésie en 2011.

 

Elle est membre de dix jurys littéraires dont ceux de l’Académie Mallarmé et des prix France-Québec, Max- Pol Fouchet, Senghor, Yvan-Goll, ainsi que du prix des Cinq Continents de la Francophonie. Elle a créé le prix de poésie féminine « Vénus Khoury-Gata » pour honorer les poétesses contemporaines.

 

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