« Claudine en ménage » de Colette – Chronique littéraire

Colette, Colette.. Je te découvre enfin.

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J’ai déniché « Claudine en ménage » dans une vielle librairie d’occasion de Charente Maritime. Je voulais découvrir Colette depuis longtemps maintenant et la quatrième de couverture a achevé de me convaincre.

Si vous ne connaissez pas Colette, il faut savoir qu’entre autres œuvres sublimes, elle a écrit la série des « Claudine » qui raconte la vie d’une jeune fille puis femme, fière et indépendante. Mais ça, je l’ai su plus tard. J’ai donc (sans le vouloir, promis !) sauté les deux premiers opus pour lire directement « Claudine en ménage ». Mis à part quelques flashbacks de l’héroïne à certains moments, le fait de ne pas avoir lu les premiers tomes ne m’a absolument pas dérangé ou mis en difficulté pour la compréhension de l’histoire.

La bizarre comédie que fut le jour de mon mariage ! Trois semaines de fiançailles, la présence fréquente de ce Renaud que j’aime à l’affolement, ses yeux gênants encore, ses lèvres toujours en quête d’un bout de moi me firent pour ce jeudi-là une mine aiguë de chatte brûlante.
Je ne compris rien à sa réserve, à son abstention, dans ce temps-là ! J’aurais été toute à lui, dès qu’il l’eût voulu : il le sentait bien.

Dans ce livre, Claudine est mariée depuis peu à Renaud, un homme plus âgé, qu’elle aime tendrement. Heureuse en ménage mais fidèle à elle-même, c’est une Claudine très vite lassée par son nouveau statut que nous retrouvons. Pour contrer son état, elle décide d’organiser des réceptions chaque semaine.

 Lors de ces soirées, elle fait la connaissance de la belle Rézi, jeune femme superbe et charismatique. L’amitié entre les deux femmes est de courte durée puisque les sentiments amicaux deviennent rapidement de l’amour. Débute alors une liaison sentimentale et charnelle largement encouragée par le mari de Claudine qui laisse même à leur disposition sa garçonnière. Tout n’est pas si simple, vous vous en doutez… La seconde moitié du livre est extraordinaire. Elle vaut à elle seule tout le livre. Je crois que j’ai réveillé tout le métro berlinois qui somnolait en fin de journée avec mon cri à demi étouffé. Je ne m’y attendais pas.

Largement autobiographique, on raconte que Claudine était en réalité Colette, que Renaud n’était autre que son premier mari Willy et que Rézi était Georgie Raoul-Duval, qui aurait tenté d’empêcher la sortie du livre… On se demande bien pourquoi !

Dressée d’un silencieux effort de reins jusque’à moi, elle me maitrise d’une bouche follement douce et d’un bras au cou. Au dessus des miens, ses yeux larges ouverts écoutent le pas qui s’éloigne et sa main libre, levée, marque le rythme de la marche conjugale en même temps que les frémissements de ses lèvres qui semblent compter les battements de mon coeur. 

Je me suis sentie tellement prise dans l’histoire que j’ai parfois cru ressentir les émotions de Claudine, ses rapprochements, ses frissons, ses sentiments. C’est ce que j’attends d’une bonne lecture. Et bonne elle l’est, assurément ! Le style de Colette est emprunt, dans cet opus, d’une maturité évidente. Publié en 1902, « Claudine en ménage » a choqué par sa tournure sexuelle (relations entre deux femmes) ainsi que par le patronage libinieux du mari libertin de Colette qui affiche une complaisance affichée à cette relation. Certains auraient voulu plus de pudeur, je ne suis pas d’accord. C’est Colette… Les scènes d’amour sont sensuelles et non érotiques, le ton n’est pas cru mais atténué, presque pudique. Une excellente lecture en somme, je suis ravie d’avoir pu découvrir la plume de Colette dans cette œuvre qui avait fait scandale à l’époque.


Un petit mot sur l’auteur : 

Colette, de son vrai nom Sidonie-Gabrielle Colette, est une femme de lettres française, connue surtout comme romancière, mais qui fut aussi mime, actrice et journaliste.

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Après une enfance heureuse entre ses parents, ses deux frères et sa sœurs, la future romancière est encore adolescente lorsqu’elle rencontre celui qui deviendra son premier mari : Henry Gauthier-Villars (1859-1931), mieux connu sous son pseudonyme de Willy. Les noces ont lieu le 15 mai 1893 : Colette a tout juste vingt ans.

nativeC’est Willy qui introduit Colette dans les cercles mondains et littéraires de la capitale, où sa beauté et son esprit font merveille. Et c’est lui encore qui, en l’incitant à écrire ses souvenirs d’école, lui fait mettre en chantier son premier roman, « Claudine à l’école » (1900), qui paraît sous la signature de Willy. Le texte rencontre un tel succès qu’il est à l’origine d’un type littéraire et qu’il engendre une suite en trois volumes. Mais il faut attendre 1905 pour qu’elle publie son premier roman en son nom, « Dialogues de bête », mettant fin à son mariage.

Plus tard, ayant récupéré les droits des « Claudine », Colette écrira « La Maison de Claudine » (1922), recueil de souvenirs sur son enfance.

Après sa séparation (1905) et son divorce (1910) avec Willy, Colette se fait actrice dans des pantomimes dont beaucoup font scandale car elle y paraît non pas nue, contrairement à la légende, mais moulée dans un maillot couleur chair qui fait parfaitement illusion. En outre, elle se met en ménage avec une lesbienne célèbre, Mathilde de Morny, surnommée « Missy », fille du duc de Morny et de la princesse Troubetzkoï.

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Remariée en 1912 avec Henri de Jouvenel, qui lui donnera une fille, Bel Gazou, Colette entre au « Matin. » Mais elle continue à écrire. À plus de quarante ans, alors que son mari la trompe, elle couche avec le fils de son époux, Bertrand de Jouvenel, qui a alors seize ans. Cette relation qui dure cinq années nourrit les thèmes et les situations dans « Le Blé en herbe » (1923). D’elle, on citera encore « Chéri » (1920), « Sido » (1930), hommage à sa mère, « La Chatte » (1933), sur l’éveil des sentiments amoureux, « La Fin de Chéri » (1926) et »Julie de Carneilhan » (1941).

En 1945, Colette est élue à l’unanimité à l’académie Goncourt, dont elle devient présidente en 1949. Elle finit ses jours à Paris, le 3 août 1954, auprès de son troisième et dernier mari, Maurice Goudeket.

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