« Clair de femme » de Romain Gary – Chronique littéraire

« Les nuits étaient des îles. Mes lèvres erraient sur les plages chaudes. Je luttais contre le sommeil, qui est toujours un peu voleur. »

La beauté des mots de Gary m’obsède et je ne peux être assouvie. Comment ferai-je lorsque je n’aurai plus rien à lire de lui?

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On retrouve avec plaisir l’humour caustique qui fait la force de Romain Gary et qui permet d’adopter un don plus ironique à l’histoire en mettant entre parenthèse la douloureuse issue de cette rencontre. Car douloureuse, l’histoire l’est, et plus encore.

Michel et Lydia sont deux quadragénaires parisiens en mal de vivre. La douleur de Michel, c’est son double, son amour, son épouse Yannik qui est en train de mourir seule et dans la dignité, comme elle le souhaitait. Chez Lydia, la mort est déjà passée il y a six mois, emportant sur son passage sa fille unique et laissant un mari lourdement handicapé.

Alors que l’une (sur)vit de solitude choisie, l’autre est poussé par son épouse mourante à aimer d’autres femmes car « la plus cruelle façon de m’oublier serait de ne plus aimer ».

C’est un combat sans gagnant, dont les deux perdants se retrouvent finalement le temps d’une nuit à rêver d’un monde différent, d’une vie plus légère, chacun se servant de l’autre comme d’un prétexte pour lutter contre cette douleur transcendante qui les fige et les meurtrit.

Nous vivrons après. Pour l’instant, il s’agit de donner une chance à la chance. C’est une époque où tout le monde gueule de solitude et où personne ne sait qu’il gueule d’amour. Quand on gueule de solitude, on gueule toujours d’amour.

Les deux coeurs écorchés passent ainsi cette nuit difficile à se soutenir mutuellement pour survivre au manque et à la douleur de la perte de l’être qui était le plus cher à leur monde.

Comme souvent dans ses romans, Romain Gary s’attaque à la notion de couple, la force de deux personnes qui s’aiment mais aussi leur difficulté à survivre lorsque l’un part.. et que l’autre reste. Mais cette faiblesse, cette fragilité, notre frémissement de vie si fugace, cela s’appelle justement la force de l’âme… comme dirait l’auteur.

Je n’avais pas la moindre chance de m’en tirer seul et la raison était bien simple : j’avais trop aimé pour être encore capable de vivre de moi-même. C’était une impossibilité absolue, organique : tout ce qui faisait de moi un homme était chez une femme.

 

 

 

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