Willy Ronis, le photographe de l’émotion – Flammarion

« J’étais très ému. Il y a parfois des moments qui sont si forts que j’ai peur de les tuer en faisant une photo. »

Cher Willy, moi aussi j’étais très émue en ouvrant cet ouvrage et en découvrant tes merveilleux clichés.

En avril dernier, je vous présentais le joli recueil de photographies « Paris Ronis » publié chez Flammarion. Il nous offrait un panel éclectique des plus belles oeuvres photographiques de Willy Ronis. On y retrouvait avec émotion les monuments les plus célèbres de la ville tel que la Bastille, la Tour Eiffel ou encore les célèbres péniches de la Seine, mais pas seulement ! Car ce qui fait la spécificité de ce photographe de talent est sa capacité à capter sur le vif des petits moments de vie.

Aujourd’hui, je reviens une nouvelle fois vous parler du « piéton de Paris » à travers les pages d’un nouvel ouvrage qui paraitra aux Editions Flammarion en octobre, une oeuvre d’une toute autre envergure, un véritable beau livre qui rassemblent près de 600 photos de l’artiste.

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Willy Ronis par Willy Ronis, octobre 2018 chez Flammarion

Ces photos au parfum suranné d’une époque révolue nous transportent dans ces rues de Paris et d’ailleurs à la rencontre de ses contemporains. Dans cette oeuvre se trouvent Paul Eluard, Boris Vian, Jacques Prévert sur le même pied d’égalité qu’un gréviste, qu’un enfant d’un quartier défavorisé ou qu’une prostituée. C’est l’abolition des diktats sociaux et l’ouverture sur une France bigarrée, une France aux milles couleurs, aux milles personnalités. Chacun est différent et chacun trouve sa place devant son objectif.  C’est un homme fidèle à ses convictions communistes qui, en 1936, immortalise les grandes  luttes sociales des Usines Citroën tout en prenant bon nombre de clichés du Front Populaire. Mais il n’oublie pas qu’il est avant tout Homme et humaniste et cela se reflète sur ses clichés, aujourd’hui devenus des icônes.

« Dès 1936, il est allé dans les rues et l’un de ses premiers travaux a donné lieu à une photographie formidable ‘La petite fille au bonnet phrygien’. C’était le 14 juillet 1936 qui célébrait les avancées du Front populaire. Il a été engagé pendant toute sa vie. C’était quelqu’un d’une honnêteté et d’une probité extraordinaire. Il a suivi les luttes du monde ouvrier pendant pratiquement toute sa vie » Gérard Uféras, commissaire de l’exposition Willy Ronis par Willy Ronis à Paris.

Il aura photographié toute sa vie. Certains de ses clichés sont si connus que vous les reconnaitriez entre mille…

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Les amoureux de la Bastille, 1957

D’autres ne se découvrent qu’après de nombreuses recherches (ou à travers ce livre que je vous présente aujourd’hui). Ces photographies-ci ne sont pas moins belles, loin de là. Elles sont parfois plus intimes, plus personnelles. L’émotion qui se dégage de ses clichés est à nulle autre pareille.

 


Ce qu’il y a d’incroyable dans cette retrospective, c’est que nous découvrons que chaque photo a une histoire. Prenez l’exemple de celle-ci qui date des années 80 :

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Dennis Stock, L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), 1980

Que voyez-vous, qu’imaginez-vous ? 

 

Un homme pourtant une photographie,  photographiant un homme qui le photographie lui-même? Willy Ronis repris un à un ses clichés en racontant sous forme d’un petit paragraphe la prise de vue, l’appareil utilisé, les personnages, la question du « pourquoi », le lieu… et tant d’anecdotes qu’il est difficile d’en faire un résumé sans vous écrire les 590 petits textes qui accompagnent les 590 photographies présentes dans cet ouvrage.

Sous cette photo de 1980, il a écrit ceci :

« Mon confrère et ami Dennis Stock, qui possède une maison en Vaucluse, vient me voir à l’Isle-sur-la-Sorgue ce 14 mars 1980. Il m’avait, peu de temps auparavant, appris que la photographie si souvent publiée sous le titre « Le reporter » oeuvre d’Andreas Feininger, était son portrait lorsque, jeune reporter, il venait d’entrer  à l’agence Magnum (la date réelle déportait est d’ailleurs 1951 et non 1955). Je lui propose alors de le photographier à mon tour, refaisant à peu près le même geste avec, tenue en évidence, la photographie en question reproduite en page 61 du volume L’Appareil photographique, édité par Life, que j’ai sorti de ma bibliothèque. Cela s’est passé sur la petite terrasse de notre cuisine. L’appareil tenu par Dennis est un Olympius équipé d’un objectif à miroir Minolta de 250 mm. 50 mm. Soleil un peu voilé. Tirage simple, sauf à insister sur la photographie du livre, qu’un reflet brouille un peu. Cadrage intégral. » WR


Polyglotte, curieux, engagé, Willy Ronis est tour à tour reporter, photographe industriel et illustrateur, pointant son objectif sur tout et sur tout le monde. Il sera celui qui saisira les grands combats de son temps. Il est l’âme de son appareil et sait à quel moment appuyer sur son déclencheur pour réaliser le cliché parfait. Ne vous attendez pas à des scènes posées, Willy Ronis a le toucher facile et ses plus beaux clichés sont en mouvement, le corps du modèle figé dans une pose non souhaitée, devenant immortel sur le papier glacé de la reproduction photographique.


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J’ai levé le poing avec Rose Zehner, déléguée syndicale pendant une grève chez Citroën en 1938. Elle semblait aussi engagée que toi, le doigt tendu vers l’oppresseur, luttant pour ses droits. Tu racontes que ce cliché, paru en 1979, bien plus tard donc, t’a permis de retrouver Rose qui avait été reconnue par une amie. Une longue correspondance écrite a alors débuté qui s’est achevée par vos retrouvailles en septembre 82.

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J’ai cru entendre les rires de ce couple, capturé en plein repas, le verre de vin à la main. Le vigneron girondin, en 1945. Tu dis que tu avais trouvé sa « trogne tellement épatante » que tu n’as pu t’empêcher de la photographier et que cet homme au sourire si jovial est décédé quelques temps plus tard car il avait refusé de suivre le régime de son médecin. Il buvait 7 litres de vin par jour.

 

 

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J’ai pleuré devant cette photo qui représente tout la détresse que je ressens face aux plus démunis. Que d’émotion devant ce cliché. « Joyeux Noël, merci à tous ».

 

 

 

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J’ai aimé ce cher Jacques, car  Prévert était un sacré homme (et encore plus devant ton objectif) !

 

 

 

 


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Paris, 2002. L’artiste quitte la scène.
« Atteint d’artérite aux jambes, je ne marche plus, sauf dans mon appartement, qu’avec deux cannes. C’est fini, les photos en courant dans les rues. (…) J’enlève les piles de mes appareils et les range dans le placard. Sans drame. J’ai déclenché pendant 70 ans! On en tire une certaine sagesse. Mais je ne quitte pas la photo, elle ne m’a pas quitté. (…) Et j’ai de nombreux amis. Merci la vie. » 

 


Merci, cher Willy pour votre regard tendre et bienveillant sur vos contemporains. Vous m’avez fait versé bon nombre de larmes, en pauvre nostalgique que je suis, regrettant de n’avoir pas connu cette époque qui était la votre. Vos clichés respirent votre grandeur d’âme et votre capacité à capter, sur le vif, les petits moments quotidiens.

Je remercie toute l’équipe de Flammarion qui a eu la gentillesse de me faire confiance, une fois de plus, et j’adresse une pensée toute particulière à Lucie, mon contact de l’équipe, grâce à qui j’ai eu la chance de recevoir en exclusivité et avant publication, ce Service Presse d’une beauté incomparable.

Je te remercie également, cher lecteur, d’avoir lu ce billet jusqu’au bout. J’espère avoir su te toucher et te faire partager mon émotion. Si cette retrospective inédite te donne envie de découvrir, à ton tour, la vie du piéton de Paris, tu peux cliquez ici. Tu trouveras toutes les informations nécessaires.

 

 

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