« Rompre » de Yann Moix – Chronique littéraire

« Etre séparés pour toujours reste une manière d’être ensemble à jamais. »

Tout part d’une rupture. Celle de trop. Encore une fois, la relation implose dans un amas de déni, de violence verbale et de méchanceté gratuite et maladroitement maîtrisée. S’exposer ainsi, dans un ouvrage signé de son propre nom, c’est finalement crier au monde « Je suis malheureux et c’est uniquement de ma faute ».

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Je l’entendais dire dans une émission que la rupture était pire que la mort. Car morte, la personne que l’on aime n’existe plus. On ne peut qu’accepter cette situation qui, de toute manière, est irrévocable. A contrario lors d’une rupture, la personne que l’on aime continue à vivre, à parler, à exister. C’est là où réside toute la difficulté d’un chagrin d’amour, voir la personne évoluer sans pouvoir être à ses côtés. Comment passer outre cette rupture quand on sait qu’il y a peut-être une chance sur un million pour que l’être aimé puisse revenir vers nous ?

Comment l’évitable devient inévitable? Pourquoi cet amour qui naît doit aussitôt mourir? « Depuis mon balcon, je constate qu’il fait beau, que dégouline un soleil brûlant, écœurant : je descends – je sors souffrir. Je sors souffrir de mon vivant. » C’est de la belle prose, de la belle littérature noyée dans un océan de désespoir qui prend forme à travers cette interview fictive. L’homme n’est que malheur. Les questions sont courtes, simplement faites pour orienter cet échange imaginaire entre un prétendu journaliste et un écrivain dévasté. Les réponses sont plus longues, détaillés, minutieuses. Profondes et très personnelles.

« Ce sont les paroles d’un homme qui ne sait plus comment ne plus souffrir et tente de se suicider autrement qu’en mourant ; ce sont les phrases d’un homme qui se suicide à l’aveu. »

Cet ouvrage, c’est une introspection extrêmement intime dans la vie de Yann Moix. Drôle de personnage. Excellent écrivain. Une plume puissante, indélébile et une mélancolie profonde, douloureuse exposée aux yeux de tous. En refermant ce court récit de seulement 128 pages, je ne peux que dire que la souffrance qu’il projette dans cette oeuvre lui offre une sensibilité extrême qui magnifie son texte. Rompre, finalement, c’est le plus beau des exutoires amoureux et c’est sa manière, à lui, de définitivement dire Adieu à la femme qu’il a perdu.

« Et à chaque fois que je me souviens que je souffre comme tout le monde, un égoïste monstrueux persiste à susurrer que je souffre comme personne. »

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