« Ces rêves qu’on piétine » de Sébastien Spitzer – Chronique littéraire

« Et quand vient la défaite, les héros disparaissent, au profit des héros ennemis. Magda sait qu’il n’y a pas d’Histoire. Il n’y a que des victoires et des défaites, les récits des vainqueurs et l’oubli des vaincus. Memento mori. Tout passe. »

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La froideur de Magda Goebbels n’a d’égale que son ambition extrême. Sous l’Allemagne nazie, elle devient la femme la plus puissante du IIIème Reich en épousant Joseph Goebbels, l’un des dirigeants les plus les plus influents du régime nazi. Berlin occupé, elle se terre avec ses six enfants. Estimant que la vie après le régime hitlérien ne vaut pas la peine d’être vécue, elle tue froidement ses propres enfants et finit par se suicider.

C’est son histoire mais aussi celle de dizaines d’autres, qui ont pris la plume, chacun leur tour, se faisant passeurs d’histoires pour témoigner de l’horreur de cette époque. La toute dernière, c’est Ava, une très jeune fille dont la mère était la « Putain des Boches ». Elle tient fort contre elle ce rouleau de cuir qui contient des dizaines de lettres dont la toute première est signée de la main de Richard Friedländer, juif allemand, raflé parmi les premiers et condamné par le silence de sa fille… Magda Goebbels.

« Mais notre histoire, personne ne nous la volera. Elle est inaliénable. On essaiera de nous tuer, jusqu’au dernier. On essaiera de trahir, de falsifier, d’effacer … Mais il y aura toujours un scribe pour recopier, un homme pour lire, un écrit quelque part. Vous êtes l’incarnation de notre pire ennemi : l’oubli. »

Ce roman raconte cette période finalement extrêmement rapide entre la fin de la guerre, la libération des camps de la mort et le suicide d’Adolf Hitler et de ses proches. C’est un livre écrit par un journaliste, une forme de long article romancé qui nous emmène à la rencontre de Magda, et « Ses enfants (qui) servent la grande cause. La sienne, bien sûr, mais aussi celle de l’Allemagne tout entière. Ils seront sacrifiés. Ils tomberont avec elle. » Jusqu’à la toute fin, jusqu’au moment où les Américains accompagnés des Soviétiques entrent dans ce bunker et découvrent, horrifiés, les derniers dirigeants allemands qui ont préféré mourir par le poison, plutôt que de rendre compte de leurs actes monstrueux.


Un petit mot sur l’auteur :

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Sébastien Spitzer est journaliste et écrivain. Journaliste free-lance pour TF1, M6 ou Rolling Stone, il a réalisé plusieurs enquêtes sur le Moyen-Orient, l’Afrique et les États-Unis.  Il est l’auteur de « Ennemis intimes, les Bush, le Brut et Téhéran » en 2006 aux éditions Privé. »Ces rêves qu’on piétine » (2017), son premier roman, met en lumière les ombres de Magda Goebbels et de ceux qui tentent de survivre à l’enfer.

 

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